Texte Libre


Viens avec moi chevaucher de ta plume les pages et les phrases

Emmène moi esprit au vent découvrir le rayonnement des mots

Ramassons les lettres à l’unisson pour en faire rimes et chansons

Traversons ce désert de nos inspirations et de nos commentaires

Laissons nous brûler par l’acidité d’une lecture jamais évanescente

 

On m’appelle Armagnac et je t’invite chez moi…..

Jeudi 15 mai 2008

Chapitre 3 : Le Passage.

 

 

 

Les voix me semblèrent d’abord lointaines. Puis je sentis mes paupières frémir. Délicatement elles laissèrent passer la lumière. Le ciel était toujours aussi gris. Mon corps allongé dans la neige commençait à trembler sous le froid. Mon esprit me semblait ailleurs, comme dans un songe, loin de toute réalité. L’Esprit Passeur était toujours là. Ce n’était donc pas un cauchemar. Elle se tenait droite de toute sa hauteur, patiente, à attendre un geste de ma part. C’est elle qui parlait, mais à qui donc ?

 

-         Alors mon Chou ? On est de retour parmi nous ?

-         Qui êtes-vous ?

 

Je me souviens encore du frissonnement de ma voix. Le sourire me tenait en confiance mais le phénomène était tellement étrange que la peur harcelait tout mon être.

 

-      Je suis un Esprit Passeur, mon Chou. Je te l’ai dit toute à l’heure avant que tu ne t’enfouisses dans la neige. Je suis une porte entre les mondes et selon les désirs de mon maître, je m’ouvre dans différents endroits. Il semble que celui-ci veuille te donner rencard. Moi je ne peux agir contre sa volonté puisque je lui appartiens. Mais si il t’a choisie c’est qu’il avait une bonne raison. Il ne se trompe jamais à vrai dire.

 

-       Il ? Dieu ?

 

La forme liquide laissa apparaître un léger sourire sur le visage qui me sembla être une reconnaissance aimable de ma naïveté. Mon orgueil n’avait de toute façon pas sa place dans un moment pareil. Je me trouvais de bon matin à parler à une colonne d’eau dans une nature isolée de toute forme humaine par une neige abondante. Qui me croirait si je racontais une telle rencontre ? On se dirait « la pauvre enfant est choquée par la disparition de sa mère ». Ca ne serait plus le pensionnat mais l’asile chez les jésuites. Pourtant à chaque parole échangée, cet instant devenait de plus en plus réel, et mes dix ans prenaient confiance dans la sirène qui se trouvait devant moi. 

 

-       Je ne l’appellerais pas vraiment Dieu. Déjà parce que chez nous nous en avons plusieurs. Et puis ça serait lui faire bien trop d’honneur. Nous avons tous notre petite fierté qui peut nous rendre agaçants pour les autres et mon maître est très doué pour cela. C’est un grand mage. Ses pouvoirs sont immenses mais les dieux en ont quand même plus que lui.

Et puis il est porté un peu sur la bouteille. Or il est bien connu que les Dieux ne supportent pas le tord-boyaux que l’on sert dans toutes les tavernes de Féerie. Mais cela est un secret qui doit rester entre nous hein ….Le vieux pourrait mal le prendre et je me retrouverais à ouvrir des passages aux confins de l’univers dans les terres sombres…j’ai jamais aimé les longs trajets…..Je devrais me surveiller moi ! Je parle trop si on m’écoute. ….C’est pas tout ça mon Chou mais il faudrait y aller là !

 

Partir ? Ma première envie fut de fuir en courant pour me réfugier à la maison et me cacher sous la couette aux cotés de Martin. Partir ? Mais pour où ? Pourquoi ? Tout était irréel. Tout était fou et pourtant quelque chose en moi me disait Va ! Fuis et vite !

 

-       Pourquoi partir ? Pour aller où et Pourquoi moi ?

-       Ca mon Chou c’est à Merlin de te le dire ! Mais tu es une humaine et de surcroît une jeune enfant de dix ans. Seuls les enfants peuvent entrer dans Féerie. Tu n’as plus de parents et….tu habites un trou perdu….Franchement ? Tu as tout le profil pour devenir princesse toi !

Tu attends quelqu’un ? Je vois une charrette qui s’approche au loin …..

 

Le temps passait et le pensionnat m’était sorti de la tête. Il était hors de question de partir. Je devais revenir sur terre. Ca n’existait pas, ça ne pouvait être là….Remplir mon seau et aller à la maison. Réveiller Martin, lui faire une toilette et quand la charrette serait arrivée charger les malles et partir. Voilà ce qui devait être mon destin. Je ramassais mon seau et je m’approchais du puits pour le remplir.

 

-         Fuyez ! Laissez moi tranquille ! Vous n’existez pas ! Vos dires ne sont que mensonges !

-         Ah oui ?

 

Alors l’Esprit plongea sa grande main dans l’eau et en projeta sur mon visage. Je sentis la colère monter en moi.

 

-         Alors ? Cette eau est elle à une température qui te fait encore douter de ma réalité ?

-         Je vous hais !

-         Bien mon Chou ! C’est un début …

-        Je ne vous suivrais pas dans votre monde sans mon frère. Si vous êtes réelle et si votre monde est   meilleur que le pensionnat alors Martin viendra avec nous.

-         Non. Il ne peut pas !

 

Je me sentais démunie devant cette chose qui semblait sûre d’elle. Comment pouvais-je lui résister. Elle voudrait s’emparer de moi que je ne saurais comment l’en empêcher. Et pourtant elle n’usait d’aucune violence à mon encontre. Mais ses dernières paroles m’avaient plus glacé le sang que l’eau du puits. Abandonner mon jeune frère n’était pas imaginable et ma détresse devait se lire sur mon visage. D’une manière plus douce elle reprit les mots prononcés.

 

-      Il ne peut pas. Le passage ne peut s’ouvrir que pour une seule personne. Martin n’a pas d’avenir dans Féerie.  Qui sait à quel danger il pourrait être confronter. Une partie de toi doit rester en ce monde et cette partie c’est Martin. Il partira au pensionnat où ils s’occuperont de lui. Crois-moi jamais il ne t’en voudra. Eux penseront que tu es morte noyée dans le puits. Lui te saura toujours en vie et attendra ton retour. La charrette approche mon Chou.

 

Pourquoi l’ai-je suivie ? Même aujourd’hui je ne suis pas sûre de le savoir. Peut-être que les contes de notre enfance laissent une porte ouverte dans nos consciences à notre imaginaire. Il en est que je pris cette main qui se tendait vers moi. J’oubliais mon frère, la charrette du pensionnat, le côté improbable du moment que je vivais pour la confiance absolue que la jeune enfant de dix ans que j’étais accordée soudain à cette forme étrange. Ce sourire si magnifique était le premier qui se présentait à mes yeux depuis le décès de ma mère.

 

Comment aurais-je pu refuser une telle aventure ? Féerie, Merlin ? Je ne savais pas ce qui m’attendait la-bas. Je ne comprenais pas bien pourquoi. Mais quelque chose en moi me poussait à le faire. Je croyais en ses paroles sur Martin. Elle semblait si solennelle et si sûre d’elle. Comment ne pas lui faire confiance.

 

Alors le liquide se répandit autour de mes doigts. Je ne ressentis rien de froid. Aucune peur ni stress. L’Esprit Passeur s’emparait de mon corps pour m’envelopper d’une mer de tranquillité. L’eau montait pour cacher le paysage à ma vue. Je me sentis submergée. Il n’y avait plus que le liquide scintillant et le son du courant. Ni plus ni moins qu’un moment apaisant.

Alors vinrent les étoiles et les planètes. Un rayonnement chaleureux qui réchauffa mon corps à la vision d’une comète qui traînait sa chevelure étincelante. La lumière du soleil brilla de toute sa prestance. Je n’éprouvais rien d’autre que de l’émerveillement.

Apparut alors une lueur claire. D’abord dans mon dos, puis elle sembla se répandre dans l’univers. Pâle dans un premier temps, elle prit la teinte bleutée d’un ciel par une journée ensoleillée d’un bel été.

 

-    Nous y sommes mon Chou. Tout s’est bien passé ? Je vais te déposer sur la coque de noix. Ils t’attendent. C’est eux qui vont maintenant te conduire. Bonne chance à toi ma belle…

 

La voix se fit distante. Je ne sentais plus la présence de l’Esprit Passeur quand mes pieds se posèrent délicatement à la proue d’un navire en pleine mer.

J’observais mon corps, mes mains avaient de longs doigts fins, une poitrine adulte emplissait un corsage tressé recouvert par une chemise brodée . J’étais devenue une femme. Une longue chevelure blonde recouverte d’un tricorne me tombait sur les épaules. De longues bottes de cuir couvraient un pantalon corsaire. Alors derrière moi un son qui frappait les planches se rapprocha. Il était rythmé de la même cadence. Toc…Toc….Toc….

 

Je me retournais et ce fut la première fois que je le vis. Il était de petite taille et portait le bandeau noir des borgnes. Une chevelure rousse en épis dépassait d’un chapeau pointu qui lui montait haut sur la tête. Deux oreilles taillées en pointes assez longues ressortaient des bords du galure. Il portait un cimeterre à la ceinture et une béquille de bois l’aidait à soutenir une jambe dont le tibia provenait sûrement du même arbre. Un perroquet trônait triomphalement sur son épaule alors qu’il avançait vers moi. Il m’interpella d’une voix rocailleuse.

 

-     Salut mon Chou ! Je suis Long John Silver le Lutin et capitaine de ce navire. Moi et mon équipage sommes ravis de t’accueillir à bord de l’Hispaniola ! Bienvenue sur la coque de noix, princesse !

 

Le Lutin me contempla de tout son sourire édenté. Il faisait chaud. Le ciel était bleu, l’océan était immense et les vents de Féerie portaient à mon visage des embruns rafraîchissants….



Armagnac 

 

 

 

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Dimanche 11 mai 2008

Chapitre 2 : L’Enfant et le Puits .

 

 

 

Au matin, la neige était là. Recouvrant de toute sa blancheur le paysage qu’on pouvait voir au loin. Mes sabots s’enfoncèrent dans la douce mousse blanche qui donnait une allure féerique à la nature environnante. Branches, collines, pierres qui jalonnaient le sol de mon Quercy natal étaient recouvert de la signature de l’hiver. Etrange….Période redoutée pour la dureté de son climat et pourtant moment unique d’un monde à l’unisson qui faisait se terrer toute forme de vie. Le silence de l’hiver…Comme il me manque encore aujourd’hui….

 

Châle sur les épaules et corps bien couvert je me dirigeais vers le puits. Martin était resté à dormir et nous avions besoin de faire une bonne toilette avant le départ. Le seau pendait à ma main gantée. Il faisait froid mais mon corps se réchauffait à chaque pas qui me rapprochait du puits. Souffle haletant, je grimpais la colline qui se trouvait derrière la demeure. En haut : la source d’eau fraîche.

 

Le puits était déjà là bien avant nous. Qui l’avait creusé, je ne sais. Mais son parapet de pierre qui m’arrivait à la hanche gardait les traces de bien nombreux ajustements. Combien de trajets entre lui et la maison, combien de fois ai-je monté cette colline…. Du haut, on voyait toute la campagne à l’horizon, les troupeaux de moutons des bergers comme le chemin qui menait chez nous.

Le trou était obstrué par une simple planche de bois qui était en fait un morceau provenant d’une ancienne porte récupérée dans une vieille grange abandonnée.

Je n’ai jamais connu sa profondeur réelle. La corde devait mesurer dans les dix mètres et selon les saisons il fallait l’utiliser à plus ou moins grande longueur. Je savais surtout le poids que mes bras étaient capables de remonter des entrailles de la cavité.

 

Une fois la planche au sol je me saisis de la corde pour attacher le crochet à l’anse du seau. D’un geste mécanique je l’envoyai valdinguer à sa fonction dans l’abîme.

La corde se déroula, se laissant entraîner par le fond à la recherche de l’eau. Son autre extrémité enlaçait une pierre qui permettait de ne pas la voir partir sans jamais ne pouvoir la récupérer.

 

Combien sont nombreux ces gestes du quotidien ? Si répétitifs que nous ne leur accordons plus aucune importance. Notre vie devient alors routinière.  Elle se compose d’agissements si bien réglés que nous ne leur prêtons plus l’attention qu’ils méritent. Et quand quelque chose de différent intervient ? Cela nous surprend, nous laissant dans l’étonnement, voire dans l’embarras….

La surprise devait se lire sur mon visage quand je me rendis compte que la corde se tendait me faisant parvenir le bruit du seau qui se cognait à l’intérieur du puits. Celui-ci était il à sec ? Gelé ? Non….C’était…Autre chose…….Mes mains appuyées sur le rebord, je penchais mon regard vers le vide. Trou noir qui ne laissait apparaître le moindre reflet.

 

Puis vint d’abord une légère sonorité, une sorte d’onde qui très vite devint une résonance. Mes jambes vacillaient soumises aux tremblements qui montaient sous mes pieds. Mes mains ne pouvaient se défaire de la pierre qu’elles enserraient sous la peur. Alors jaillit de la cavité une grande gerbe d’eau qui monta haut dans les airs. Si le monde avait connu les géants à n’en pas douter ils auraient eu cette taille.

Elle était cristalline et transparente. Une sorte de pureté se dégageait du liquide d’un reflet bleu scintillant. La masse liquide commença à définir un visage. Des yeux, une bouche et de fines oreilles. Le tout recouvert par une ample chevelure dont les pointes représentaient l’écume de vagues qui se fracassent sur la plage. La colonne d’eau formait maintenant le corps parfait d’une femme dont les jambes se finissaient plongeantes dans l’eau du puits auquel la créature semblait liée.

 

Lentement je commençais à reculer sans pouvoir me détourner de ce qui se déroulait sous mes yeux. La taille de la créature était gigantesque et sa beauté obsédait le regard. Elle se passa les mains sur le visage comme un être qui s’éveille au petit matin. Des gouttes d’eau tombaient tout autour d’elle.

Je bafouillais les prières faisant appel à Marie pleine de grâce. Je ne voyais là que l’œuvre du malin qui s’était emparé de mes visions pour corrompre le fond de mon âme. Mais la peur et la neige me firent trébucher. Le corps affalé dans la neige je vis alors le visage de la femme s’approcher. Elle se baissa dans un mouvement proche de celui d’un serpent pour venir me fixer dans les yeux. Je crus à ce moment là que mon heure était venue.

La mort quand elle venait nous prendre avait donc cette forme ? Ce visage et ce corps si gracieux comme ultime cadeau de la vie ? Savoir avant de partir qu’il existe des forces surnaturelles que l’on ne peut imaginer de notre vivant ? Non ! Ni enfer ni paradis quand elle s’adressa à moi dans ces termes……

 

-         Salut mon Chou ! Je suis 376 ! Je suis un Esprit Passeur. J’ouvre les portes sur les mondes étranges. Dis-moi ? On est bien sur terre ici ?

 

Son visage devait faire ma taille. Ses yeux dans les miens je pouvais entendre le bruit du courant qui circulait dans son corps, donnant forme à sa structure !

 

-         J’ai une coque de noix dans le fond du plancher qui est chargée de ramener un colis chez nous de votre univers. Je voudrais être sûre de pas m’être plantée de rade avant de la faire apparaître.

 

J’étais terrifiée et je ne comprenais pas le moindre de ses mots. Elle porta son regard sur la nature qui nous environnait.

 

-         Dit moi mon Chou, ça a l’air pommé ton paradis là ? Ca doit pas être fête tous les jours par ici non ?

 

Je ne pus lui répondre. Mon esprit m’avait amenée dans les ombres funestes de l’évanouissement. Jamais mes rêves ne m’avaient préparée à un tel choc.



Armagnac 

 

 

 

 

par Armagnac publié dans : Le Voyage Extraordinaire communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Vendredi 9 mai 2008

 

Chapitre 1er  : L’enterrement

 

La journée était froide. Comment aurait elle pu être autrement ? Le ciel était bas et sa blancheur contrastait avec la noirceur des vêtements que je portais. On n’attendait plus que la neige. La boîte en bois qui emportait maman était montée sur le vieux chariot de Monsieur Vaulany, le voisin compatissant qui avait accepté à la demande du curé de bien vouloir transporter le cercueil de notre mère. En ces temps de misère, la générosité prenait des allures d’exception. Mais M. Vaulany avait été présent jusqu’à la dernière seconde. Jusqu’au dernier souffle, il l’avait accompagné…..

 

La fin des guerres Napoléoniennes avait laissé le pays appauvri. La haute noblesse refaisait surface tandis qu’un Bourbon revenait sur le trône. De ma ferme sans terre, tout cela nous semblait si loin. Notre père était parti avec ceux qui jamais ne revinrent du grand voyage vers l’Est. La nouvelle de sa mort avait laissé sur le visage de maman une douleur qui jamais ne disparut.

 

Tout s’était alors si vite enchaîné. Beaucoup trop vite !

 

La ferme, dont les terres ridicules ne rapportaient rien, ne devenait plus qu’un toit, un abri qui déjà était mieux que rien. Certains n’avaient pas ce feu qui crépitait dans la cheminée pour nous réchauffer. Nous avions M. Vaulany pour nous faire le bois. Toujours M. Vaulany…. 

Ce n’est pas mon jeune frère qui allait le remplacer. Du haut de ses cinq ans, il maniait bien mieux la branche de châtaigner qui lui servait d’épée que le manche de la hache.

 

Mère avait trouvé un emploi pour elle et moi dans les champs d’une noblesse qui refaisait fortune sur le dos d’un peuple pauvre et désespéré par la défaite et le retour sur le sol de la mère patrie des armées étrangères. Elle y attrapa le mal. Une fièvre malsaine qui ne nous fut pas contagieuse mais l’emporta dans de grands tourments.

 

Je me revois traînant mes sabots sur le sol gelé derrière les roues du chariot qui montait vers l’église, tenant la main d’un frère qui ne disait mot depuis que les paupières de notre mère s’étaient closes.

Je me souviens de la cérémonie si longue, et de ce bruit de la terre qui heurtait le cercueil qu’on avait mis dans un trou béant. Je me rappelle le regard froid du curé et de cet étranger en redingote qui était venu de la ville ; de ces paroles discrètes échangées entre eux…..

 

-         Ils vont dormir chez eux cette nuit et repartiront demain avec vous pour l’orphelinat. La maison et les terres ont été vendues. La vente rapporte peu, mais elle laisse de quoi payer les dettes et les frais pour le pensionnat. Leur mère a légué ses biens à l’église et nous a laissé en échange la responsabilité de l’éducation de ses enfants.

 

-         Ils devront être séparés mais au moins ils n’iront pas grossir les rangs des enfants des rues qui sont si nombreux aujourd’hui, mon père. Nous saurons leur donner une éducation qui leur apportera le respect des préceptes de la religion.

 

Mon frère restait muet mais il n’était pas sourd. La petite main était devenue moite alors que ses doigts me serraient de plus en plus fort comme un appel à ne pas l’abandonner. Les gens nous saluèrent et M. Vaulany nous fit faire le chemin de retour assis à ses cotés sur le chariot.

 

L’homme n’était pas un grand parleur. Il assumait sa peine à sa manière. Il n’aurait pas été honorable non plus qu’il s’étende sur des sentiments que ma jeunesse n’aurait su comprendre.

Il nous déposa à la nuit tombée. La journée avait été longue et il ne s’éternisa point avec nous. Un simple au revoir devait nous suffire comme adieu.

 

Dans la bâtisse, un chaudron nous attendait dans l’âtre de la cheminée. Il contenait une soupe qui avait déjà quelques jours et qui avait été ragaillardie par un rajout d’eau. Une miche de pain sur la table l’accompagnerait pour cet ultime repas dans notre demeure. Les bougies ne feraient pas long feu. La journée avait été difficile, Martin tombait de sommeil, et celle du lendemain serait du même acabit. Les deux malles qui se tenaient prêtes au départ à la porte d’entrée ne permettaient pas d’en douter. Du moins le croyais-je……..

 

Les bougies s’éteignirent. Un baiser sur le front d’un frère qui dormait déjà fut mon dernier geste de cette journée où nous avions enterré notre mère. Mon corps s’affaissa sur le matelas de plumes et s’enfouit sous la couette. Dans la cheminée les braises rougeoyaient : un feu qui au matin ne serait plus. La nuit prit son envol mais jamais mes rêves ne vinrent.

 

Je m’appelle Lucille. Et j’avais, cet hiver 1816, l’âge de dix ans. Notre monde me semblait unique et cruel.



Armagnac 

 

 

 

par Armagnac publié dans : Le Voyage Extraordinaire communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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Jeudi 8 mai 2008

Rappelles toi.

 

 

Fermes les yeux, mais pas trop fort… Les papillons, la première fois que tu les as sentis.

Que tous soit calme autour de toi, et l’innocence de ce jour là, n’en sourit pas plein de nostalgie avec toute la suffisance que les années ont figées en toi, elle ne s’attrape que comme un ballon que tu aurais gonflé à l’hélium, que comme un rhume en te roulant dans l’herbe humide, que comme un baisé glissé sur ton front, n’en percevant que la  moiteur d’un souffle, au seuil de l’inconscience.

Les papillons.

Souviens t’en. Ils sont toujours là, renaissant dans un creux de ventre, quand un sourire te prend par surprise… Niché dans un baisé volé, ou même dans le chocolat dérobé à la va vite, laissant sous la langue une saveur douce et coupable.

La première fois, tu n’étais sans doute pas bien lourd. Peut être un détail à attiré ton œil. Peut être un rire a retenti plus fort ou plus reconnaissable parmi les milles autres sonnant au milieu des cris joyeux.

 

Et tout à réclamé un arrêt.

Rappelles toi la seconde d’éternité d’un seul battement de cils.

La première fois qu’ils s’envolent, c’est comme la première fois que l’on respire.

Ça fait mal.

C’est la surprise, qui t’arrête le cœur

C’est les papillons qui te le réveillent de leurs optimismes tapageurs, qu’il en bondirait hors de ta poitrine, conscient soudain d’un rôle énorme qui lui était confié, il bat.

La puissance de l’événement t’a laissé perplexe, n’est ce pas ?

L’émerveillement t’a dilaté les yeux.

Le souffle t’a échappé.

Peut être même a tu souris.

La douleur est partie, avec elle toute lassitude, si le matin était gris, c’était pour laisser la place à l’immensité d’un autre ciel. Si l’on t’a pressé, c’était pour que tu ne rates pas ce cette seconde. Et ce pull qui te grattait au col était là pour que tu te sentes bien vivant, alerte. Tout n’était que prélude. Plus rien n’a d’importance.

Tu n’a pas bougé, n’est ce pas ? Non pas que le monde se sois arrêté, non pas que le silence, soudain t’ai permis d’entendre ton cœur battre, mais tout tes sens étaient concentrés sur un seul regard. A se rendre sourd à la vie alentour. Une capture d’image, et les papillons dansent. 

 

Je m’en souviens.

C’était hier presque, il faisait mauvais, j’avais mis mes collants à l’envers, un peu nerveuse.

J’inaugurais une toute nouvelle école. J’avais envie d’être jolie, et maman avait attaché mes cheveux en natte autour de mon visage. Elle m’avait acheté une robe en lainage la veille. Mon col me grattais, et j’en avais assez que Raphael tire sur mes couettes. Quand j’men souviens, je me vois très bien tiré sur les pans de ma jupe qui remontais constamment, et oui, ça me fait sourire, je suis pleine d’indulgence pour cette petite moi qui n’était pas très élégante.

 

Passé les grilles, j’étais seule. J’étais nouvelle, c’était octobre, déjà. Les feuilles étaient rassemblées en tas sur un coin de la cour. Il pleuvait. J’étais seule, et j’étais perdue. J’suis remontée l’allée, m’isolé un peu, je regardais autour de moi, et j’ai entendu un rire qui résonnait plus fort que les autres. Oui la terre s’est ouverte sous mes pieds et oui, je n’ai rien compris à ce qui m’arrivait. Ils battaient tellement fort, ses papillons. Je n’entendais plus rien que les propres battements de mon cœur, et peut être, étais je déjà fort romantique, parce qu’ils sonnaient comme une symphonie. Oh oui je m’en souviens, et toujours avec le même émoi, un battement de cil et j’ai appris à aimé, comme ça, plus fort que moi. J’ai souri, et je me rappelle de son visage, de son regard, il me regardait, surement que mes joues ont pris une teinte rouge, surement qu’une nouvelle amie me tirait la manche. Surement que tout le monde se dirigeait vers les classes. Et c’est certain, il m’a sourit. Il était dans la même classe. J’étais timide, j’étais paniquée. Il était tellement gentil. Constamment en train de me défendre, de m’aider. Sébastien. Les années ont passés, avec plein d’occasion. Plein de sourire et de dispute. Mais il était toujours là. J’étais si timide, qu’il m’arrivait de mentir. Et le soir en m’endormant, il revêtait son armure pour me sauver des dragons de mon enfance, je le regardais de loin, et jamais, je ne voulais qu’on le sache, ni lui ni personne. J’attendais peut être l’instant parfait. Et puis nos routes se sont définitivement éloignées. Je ne saurai jamais, même si j’espère, je ne saurai jamais si les papillons on réveillé aussi son cœur, ce jour là.

 

 

 Julie

 

 

par Armagnac publié dans : Julie communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 7 mai 2008

 



Poème d'Hier

C’est plus une plume, c’est une rivière

C’est plus une encre mais un torrent d’hiver,

Un courant marine, qui sans vouloir vous déplaire

Se complet à se dévoiler par des rimes entières

Passant sans retenue les barrages éphémères

D’une nature rêveuse aux allures altières

 

Il est homme, il est poète sincère

Il est parchemin et poème d’hier

S’exprime sur une feuille non rancunière

Pour répandre ses plus belles manières.

 

C’est un abandon , une innocence

Une réplique d’un séisme de l’errance

Un goût d’inachevé qui vient en renaissance

Un absolutisme pour dire non à l’ignorance

Pour ne pas se noyer dans l’abondance

Une signature comme invitation à la connivence ?

 

Il est homme, il est poète sincère

Il est parchemin et poème d’hier

S’exprime sur une feuille non rancunière

Pour répandre ses plus belles manières.

 

Alors portent les vents de la servitude

Isolant dans l’océan le marin et sa solitude

Donnant à l’écrivain l’excès de ses certitudes

Devant l’ouvrage renaissent les habitudes

Des mains tremblantes surgie la fortitude

Assumer les ratures, reconnaître sa plénitude

 

Il est homme, il est poète sincère

Il est parchemin et poème d’hier

S’exprime sur une feuille non rancunière

Pour répandre ses plus belles manières.

 

Une fin de page à signer pour passer l’étier

Naviguer sans en avoir l’air sur une ultime marée

Au large des marges d’un vélin apprivoisé

Hisser le grand mat de l’homme retrouvé

Se relever et sourire à l’écume des phrases contées

Laisser le bateau ivre divaguer sur des mers ignorées

 

Il n’est plus poème d’hier mais d’aujourd’hui

Pour dire que rien n’est fini et que tout est en vie….

 

Armagnac

 

par Armagnac publié dans : Poèmes
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Mardi 6 mai 2008


A Wiatt


Heure

 

Heure de reprendre la plume et le vélin

Heure de conter l’amour et le chagrin

Heure de laisser aller cet ultime refrain

Heure de parler de ce qui leurs va si bien

 

L’amour et la passion qui les unis dans la déraison

 

Heure de la convaincre que sans lui seul le vide

Heure de reconnaître que sans elle rien de réel

Heure de rallumer le feu qui réchauffe mon cœur

Heure de souffler la flamme qui brûle ma plume

 

Celle qui reflète dans tes yeux et qui me rend heureux

 

Heure de résumer une vie sur une page lisse

Heure d’y greffer les romances qui assagissent

Heure du prisonnier qui ne s’est jamais évadé

Heure dans la prison de se faire une raison

 

Car si ce n’est pas toi jamais ça ne sera une autre

 

Heure de mettre les piques et les paroles au fourreau

Heure d’abaisser les boucliers qui les protégeaient

Heure de convoler d’une fougueuse chevauchée

Heure de se lancer dans une histoire folle et insensée

 

Parce que jamais je ne veux que tu manques de mes mots

 

Armagnac

par Armagnac publié dans : Poèmes
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Mardi 6 mai 2008

A Wiatt

Le prisonnier

Vous manquez à mes bêtises
Vouloir avec vous gourmandise
Etre patient et attendre surprise
Il est fou d'elle qu'on se le dise.

A quand nous rencontrer encore
Que je puisse vous porter tort
Nos lèvres trouver doux confort
Dans un ultime corps à corps

Vous offrir volupté d'un être
qui s'emballe à vous connaître
Allégeance d'un cœur à naître
Qui vient frapper à votre fenêtre

Il en fait trop mais ne sait faire
Autrement pour vous plaire
Pour lui impossible de se taire
Il vous déballe son dictionnaire

Pour vous imagination volatile
Poète au talent si puéril ou futile
Qui se réveille pour être utile
A se consacrer à elle, si fragile

Aimer sans sourcilier j'ai promis
Lier les sentiments d'une vie
Vous inspirer folies et envies
Pour que jamais ne vienne l'ennui

Condamné je suis à vous aimer
Ne m'en voulez pas de l'avouer
De plus belle sentence je ne rêvais
Mon cœur est votre prisonnier


Armagnac

par Armagnac publié dans : Poèmes
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