Dimanche 11 mai 2008
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Chapitre 2 : L’Enfant et le Puits .
Au matin, la neige était là. Recouvrant de toute sa blancheur le paysage qu’on pouvait voir au loin. Mes sabots s’enfoncèrent dans la douce mousse blanche qui
donnait une allure féerique à la nature environnante. Branches, collines, pierres qui jalonnaient le sol de mon Quercy natal étaient recouvert de la signature de l’hiver. Etrange….Période
redoutée pour la dureté de son climat et pourtant moment unique d’un monde à l’unisson qui faisait se terrer toute forme de vie. Le silence de l’hiver…Comme il me manque encore
aujourd’hui….
Châle sur les épaules et corps bien couvert je me dirigeais vers le puits. Martin était resté à dormir et nous avions besoin de faire une bonne toilette avant le départ. Le seau pendait à ma main
gantée. Il faisait froid mais mon corps se réchauffait à chaque pas qui me rapprochait du puits. Souffle haletant, je grimpais la colline qui se trouvait derrière la demeure. En haut : la
source d’eau fraîche.
Le puits était déjà là bien avant nous. Qui l’avait creusé, je ne sais. Mais son parapet de pierre qui m’arrivait à la hanche gardait les traces de bien nombreux ajustements. Combien de trajets
entre lui et la maison, combien de fois ai-je monté cette colline…. Du haut, on voyait toute la campagne à l’horizon, les troupeaux de moutons des bergers comme le chemin qui menait chez nous.
Le trou était obstrué par une simple planche de bois qui était en fait un morceau provenant d’une ancienne porte récupérée dans une vieille grange abandonnée.
Je n’ai jamais connu sa profondeur réelle. La corde devait mesurer dans les dix mètres et selon les saisons il fallait l’utiliser à plus ou moins grande longueur. Je savais surtout le poids que
mes bras étaient capables de remonter des entrailles de la cavité.
Une fois la planche au sol je me saisis de la corde pour attacher le crochet à l’anse du seau. D’un geste mécanique je l’envoyai valdinguer à sa fonction dans l’abîme.
La corde se déroula, se laissant entraîner par le fond à la recherche de l’eau. Son autre extrémité enlaçait une pierre qui permettait de ne pas la voir partir sans jamais ne pouvoir la
récupérer.
Combien sont nombreux ces gestes du quotidien ? Si répétitifs que nous ne leur accordons plus aucune importance. Notre vie devient alors routinière. Elle se compose
d’agissements si bien réglés que nous ne leur prêtons plus l’attention qu’ils méritent. Et quand quelque chose de différent intervient ? Cela nous surprend, nous laissant dans l’étonnement,
voire dans l’embarras….
La surprise devait se lire sur mon visage quand je me rendis compte que la corde se tendait me faisant parvenir le bruit du seau qui se cognait à l’intérieur du puits. Celui-ci était il à
sec ? Gelé ? Non….C’était…Autre chose…….Mes mains appuyées sur le rebord, je penchais mon regard vers le vide. Trou noir qui ne laissait apparaître le moindre reflet.
Puis vint d’abord une légère sonorité, une sorte d’onde qui très vite devint une résonance. Mes jambes vacillaient soumises aux tremblements qui montaient sous mes pieds. Mes mains ne pouvaient
se défaire de la pierre qu’elles enserraient sous la peur. Alors jaillit de la cavité une grande gerbe d’eau qui monta haut dans les airs. Si le monde avait connu les géants à n’en pas douter ils
auraient eu cette taille.
Elle était cristalline et transparente. Une sorte de pureté se dégageait du liquide d’un reflet bleu scintillant. La masse liquide commença à définir un visage. Des yeux, une bouche et de fines
oreilles. Le tout recouvert par une ample chevelure dont les pointes représentaient l’écume de vagues qui se fracassent sur la plage. La colonne d’eau formait maintenant le corps parfait d’une
femme dont les jambes se finissaient plongeantes dans l’eau du puits auquel la créature semblait liée.
Lentement je commençais à reculer sans pouvoir me détourner de ce qui se déroulait sous mes yeux. La taille de la créature était gigantesque et sa beauté obsédait le regard. Elle se passa les
mains sur le visage comme un être qui s’éveille au petit matin. Des gouttes d’eau tombaient tout autour d’elle.
Je bafouillais les prières faisant appel à Marie pleine de grâce. Je ne voyais là que l’œuvre du malin qui s’était emparé de mes visions pour corrompre le fond de mon âme. Mais la peur et la
neige me firent trébucher. Le corps affalé dans la neige je vis alors le visage de la femme s’approcher. Elle se baissa dans un mouvement proche de celui d’un serpent pour venir me fixer dans les
yeux. Je crus à ce moment là que mon heure était venue.
La mort quand elle venait nous prendre avait donc cette forme ? Ce visage et ce corps si gracieux comme ultime cadeau de la vie ? Savoir avant de partir qu’il existe des forces
surnaturelles que l’on ne peut imaginer de notre vivant ? Non ! Ni enfer ni paradis quand elle s’adressa à moi dans ces termes……
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Salut mon Chou ! Je suis 376 ! Je suis un Esprit Passeur. J’ouvre les portes sur les mondes étranges. Dis-moi ? On est bien sur terre ici ?
Son visage devait faire ma taille. Ses yeux dans les miens je pouvais entendre le bruit du courant qui circulait dans son corps, donnant forme à sa structure !
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J’ai une coque de noix dans le fond du plancher qui est chargée de ramener un colis chez nous de votre univers. Je voudrais être sûre de pas m’être plantée de rade avant de la faire apparaître.
J’étais terrifiée et je ne comprenais pas le moindre de ses mots. Elle porta son regard sur la nature qui nous environnait.
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Dit moi mon Chou, ça a l’air pommé ton paradis là ? Ca doit pas être fête tous les jours par ici non ?
Je ne pus lui répondre. Mon esprit m’avait amenée dans les ombres funestes de l’évanouissement. Jamais mes rêves ne m’avaient préparée à un tel choc.
Armagnac